Initiatives locales – La Beunèze, monnaie locale à Saintes (17)

Logo du comité Beunèze
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La monnaie locale complémentaire de la Saintonge

Au tout début de cette aventure, nous avions eu le plaisir de rencontrer Nicolas, qui fait partie du comité Beunèze. Cette association a mis en place depuis 2015 une monnaie locale sur le territoire de la Saintonge. Vous retrouverez ci-dessous la transcription de cette rencontre.

Bonjour Nicolas, peux-tu nous dire ce qu’est la Beunèze ?

Nicolas : C’est la monnaie locale de la Saintonge.

Et comment tu t’es retrouvé dans le comité de la Beuneze ?

Au départ, trois copains ont lancé la réflexion il y a quatre cinq ans, par rapport à la crise… et ils se sont demandés comment à leur petite échelle ils pouvaient infléchir positivement le monde. En s’interrogeant sur ce qu’est l’argent, les flux monétaires, on s’aperçoit qu’avant l’argent était indexé sur l’or. Puis, on entend parler des accords de Bretton woods, et alors on se rend compte que l’argent n’est plus indexé sur l’or et a finalement la valeur qu’on veut lui accorder. On regarde ce qui se fait, on voit ce qui se fait ailleurs et on commence à entendre à parler des monnaies locales et à se rendre compte qu’il y a tout un cadre légal qui a été mis en place en France, dans le cadre de la loi économie sociale et solidaire. Vient l’idée de monter une monnaie locale en Saintonge. On met en place plusieurs réunions d’information et discussions pour enrichir notre réflexion. Plusieurs personnes se montrent intéressées par notre démarche, on se dit : allons-y. Quelques entreprises et des particuliers veulent jouer le jeu, on se lance !

Et concrètement, vous devez la déclarer quelque part, déclarer cette monnaie ou payer quelque chose à l’état ?

Il n’y a pas d’argent à verser à l’État. Le système n’est pas parallèle mais complémentaire à l’euro. Techniquement, les points fidélités des supermarchés et compagnies d’avions sont aussi des monnaies-fiat, c’est-à-dire créées ou autorisées par l’Etat. C’est aussi une création monétaire ! Il n’y pas de taxe à verser à l’état. On a bien sûr à déclarer notre association. On a nos comptes et nos fonds de garanties. Les impératifs légaux sont de définir un cadre géographique (dans le cas présent, la Saintonge) et ensuite que les personnes qui l’utilisent entre eux soient adhérents à l’association. Il y a des comptoirs d’échange. Contre un euro donné par l’adhérent, il reçoit un beunèze. L’argent en euros est mis sur un fonds de garantie, ce qui fait que si un jour l’association s’écroule, et que les gens veulent échanger leur beuneze, la somme en euros reste disponible sur le compte.

Depuis combien de temps la monnaie beunèze circule-t-elle ? Combien de commerçants partenaires ?

Elle existe depuis mai 2015. On a d’abord rencontré d’autres associations qui ont monté leur monnaie locale pour échanger les bonnes idées. Pour l’instant, il y a vingt commerçants et quatre intéressés sur Royan, qui vient de rejoindre le projet. On est tous bénévoles, le projet se structure petit à petit. Les politiques sont assez timides à soutenir le projet, en attendant les citoyens font avancer les choses à leur échelle.

Quel est l’avantage de payer en beunèze ?

On ne peut parler d’avantage. Il s’agit de complémentarité. On sort des schémas de compétition lambda, on trouve des points de convergence. C’est une monnaie d’échange et de circulation alors que l’euro est une monnaie de transaction. Je conseillerais à tout le monde de lire « Au cœur de la monnaie » de Bernard Lietaer, un économiste belge. Il présente un diaporama des monnaies au cours des différentes époques. Il présente bien le fait qu’à travers les âges, il y a souvent eu ce système de double monnaie, l’une pour la transaction et les monnaies de territoires qui permettent les échanges entre ceux qui y résident. On ne voit pas la monnaie locale complémentaire comme une opposition à la monnaie officielle mais plutôt comme un pont.

Cette monnaie a une identité, elle créé du lien et est apolitique. Permettre de mieux connaître nos artisans locaux, où ils s’approvisionnent par exemple. Les aider à développer leur circuit court.

Concrètement, que doit faire une personne qui souhaite adhérer ?

Elle se rend dans l’un de nos deux comptoirs, qui sont aussi des prestataires : Encre Eco et Biocoop. Une fois par mois, on a un stand sur le marché de Saintes.

Et chez le commerçant, on peut tout régler en Beunèze ?

Oui. Ça peut être un peu vécu comme une petite contrainte parfois, il faut déjà payer son adhésion et après savoir que nous n’imprimons que des coupons de 1, 2, 5, 10 et 20 beunèzes, on n’a pas de centimes. Donc l’idée par exemple pourrait être de faire l’appoint en euros. C’est contraignant, mais pas dramatique comme contrainte technique. Si on a envie de faire l’effort du développement durable et d’encrer les richesses sur notre territoire…

Donc les commerçants doivent avoir une double comptabilité alors ?

Je ne suis pas le comptable de l’association, mais oui c’est bien le principe. Il y a quatre colonnes au lieu des deux habituelles.

Et on sait le volume que cela représente pour 2015 ou 2016 ?

Ce que je peux te dire c’est qu’en ce moment, on a environ quatre mille beunèzes en circulation. Ça peut paraître très anecdotique. Mais ce qui compte c’est que l’idée est en train de germer et que les gens s’en emparent.

Et il y a combien d’adhérents ?

Il y en a environ deux cents. C’est une courbe de progression lente. On était une vingtaine au départ, une centaine à la fin de la première année. Pour commencer, on avait 1500 beunèzes en circulation. Il faut aussi se dire que l’association est jeune, ne tourne qu’avec des bénévoles ou des services civiques. La plupart des bénévoles ont un travail ou sont retraités. On tient une permanence à la maison de la solidarité de Saintes une fois par semaine. Sinon la plupart des réunions de travail se font chez les adhérents. Ou parfois chez des prestataires adhérents comme ici – nous étions au café la Musardière dans le cœur de ville de Saintes. C’est encore un peu du bricolage mais ça se met doucement en place. On n’est pas encore sur des schémas tels que ceux de la Bretagne où ça se développe beaucoup et rapidement. Mais il y a une volonté politique chez eux de développer l’économie sociale et solidaire et une dynamique que l’on n’a pas encore pour l’instant ici.

C’est une monnaie fondante ?

Sur le principe oui, elle est fondante tous les six mois – c’est-à-dire que sa valeur diminue si elle n’est pas remise en circulation. Mais, compte tenu du volume en circulation assez bas pour l’instant, la fonte n’est pas encore appliquée. Avec l’intégration de Royan, qui va apporter un nouveau souffle à ce projet, on va redéfinir tout ça. Pourquoi pas une fonte par an ? Pour expliquer simplement, sur les coupons tous les ans il faudra payer deux pour cent pour que le billet soit encore valable , sinon il perd toute sa valeur. Cela s’applique au consomm’acteur mais pas au commerçant, qui payent aussi leurs adhésions. Le but est d’inciter les consomm’acteurs à utiliser leur monnaie pour ne payer cette taxe, même si la somme est dérisoire (ex : sur un coupon de vingt beunèzes, on serait taxé de vingt centimes). Ça permet d’éviter la spéculation !

Qui sont par exemple vos partenaires ?

Une barbière, des artisans chocolatiers, des cafés, des artisans BTP, un brasseur, un agriculteur bio qui vend de la tisane et des infusions, une maraîchère, Biocoop Saintes… Il y en a vingt en tout. Et puis il y a quatre nouveaux comptoirs qui vont s’ouvrir sur Royan.

C’est dommage, je n’en ai pas à te montrer, mais les dessins sur les coupons ont été faits par des enfants et représentent le patrimoine local Saintongeais. Qui sait, on ajoutera peut être un phare de Cordouan avec Royan. Une carte des comptoirs et des commerces adhérents est disponible sur le site de l’association.

Quelque chose à ajouter ?

On a toujours besoin de bénévoles pour faire avancer ce projet. Là, on est cinq bénévoles dans le CA, quatre actifs en plus qui représentent la pierre angulaire. C’est un projet porteur d’espoir. On peut créer et innover, encore et toujours, sans être en opposition à l’existant, en essayant d’apporter notre pierre à l’édifice. Qui va châ p’tit, va loin comme on dit en Charentais. Il faut prendre le temps de faire les choses et les faire bien, à notre rythme. Il y a des choses qui seront à améliorer mais cela se fera progressivement et dans le temps. On a une petite expérience grâce à nos deux années, ce qui bénéficie déjà à la création de l’antenne de Royan par exemple. Pour l’administratif, comme la mise en place de la charte, pour convaincre les partenaires… On peut comprendre les réticences premières des commerçants mais certains osent faire le pas de côté et croire à ce projet !

Merci à Nicolas d’avoir répondu à nos questions !

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