Chapitre 19 : Le voyage immobile

Les montagnes de l'Ardèche

Ma petite cerise,

Voilà un petit moment que nous n’avons pas donné de nouvelles. Et pour cause, une opportunité inattendue s’est présentée sur notre chemin une semaine après avoir repris le voyage.

De passage dans une Biocoop, nous découvrons une annonce disant peu ou prou « confie maison contre bon soin en l’attente du retour de ses vrais propriétaires ». Nous tentons le coup et contactons Pina, qui a déposé cette fameuse annonce. Nous n’arriverons finalement à la joindre que plusieurs jours après, notre persévérance ayant payé.

Durant ce laps de temps, nous prenons le temps de visiter le Sud Ardèche. Joyeuse, Labachère, Voguë, Ruoms… autant de lieux inconnus de nous hier et que nous découvrons avec passion.

Un lieu revenu du passé

À Balazuc, nous prenons le temps d’une pause au hameau du Vieil Audon (http://www.levielaudon.org/).

Quelques personnes se sont installées dans les années 60-70, après que les deux guerres mondiales et le temps aient dévasté certains villages déjà mal lotis. En l’occurrence, il s’agit ici d’un tas de vieilles ruines qu’ont repris des gens un peu fous qui croyaient en ce projet. Au départ seuls, ils ont rapidement décidé de mettre en place des chantiers de jeunes bénévoles afin de reconstruire entièrement le hameau, fidèlement à son aspect d’origine.

Aujourd’hui il est de nouveau habitable et des personnes s’y sont installées pour pratiquer agriculture, élevage et hébergement. Ce hameau est accessible uniquement par des petits chemins piétons. Nous n’avons malheureusement pas pu y être hébergés, n’ayant eu ni le temps ni l’opportunité, mais ce sera volontiers pour une autre fois !

Nous avons poursuivi notre route dans le sud Ardèche, tantôt en hébergement chez l’habitant, Route des Sel ou bivouac selon le gré de nos pérégrinations. Nous remercions Brigitte et son mari pour l’accueil qu’il nous ont fait dans leur petit coin de Paradis. Grâce à eux, nous sommes rentrés en contact avec Françoise, une autre voyageuse (voir son site http://2bras2jambes.fr/) également comédienne. Nous ne rencontrerons malheureusement pas cette dernière qui était absente mais feront connaissance avec Denis, son conjoint, qui nous parlera de sa passion pour l’astronomie.

Le temps d’un week-end

Nous avons également profité de quelques uns de ces jours pour faire un road-trip vers le Sud, Aurélien devait faire une candidature sur Alès dans le Gard. Nous avons donc mis le cap vers Nîmes, le Pont du Gard, Orange et la mer Méditerranée à cette occasion. Qu’elle nous manque, la mer ! Ce n’est pas sans nostalgie que nous pensons souvent à l’Atlantique et aux belles côtes de Charente Maritime.

Une nouvelle maison

Pina nous rappelle, chouette ! Elle est clown et comédienne (cf ici son site) ! Elle nous explique que la maison à garder est celle de sa maman, qui ne devrait arriver que cet été, suite à une hospitalisation. Contre quelques heures de rangement et de menus travaux, nous voilà responsables d’une ancienne bâtisse en pierre dont nous tombons sous le charme immédiatement. Liam dispose ainsi d’un terrain de jeu immense en pleine nature et adore s’occuper du jardin et des récoltes de petits fruits rouges.

Notre pause ne devait durer tout au plus que quelques semaines, elle durera finalement deux mois car Haneke, la maman de Pina, n’a pas pu rentrer tout de suite.

Festival de l’instruction en famille

Grâce à Gabriel, le petit-fils d’Henriette, notre amie séliste de Charente Maritime, nous découvrons un festival local autour de l’instruction en famille (IEF).

L’événement est organisé par Les Petits Bonheurs, une association ayant pour but de créer un lieu ressource autour de l’IEF en Ardèche. Quelle joie de voir que nous ne sommes pas si seuls à vouloir poursuivre cette belle aventure qu’est l’instruction en famille (et en voyage dans notre cas), de rencontrer tous ces parents motivés et heureux, ces enfants curieux et épanouis à qui on laisse le temps de s’épanouir à leur rythme et d’étancher leur soif d’apprendre.

En IEF, il y a un peu de tout : des parents qui font vraiment comme à l’école (cours, programme, devoirs, planning à suivre), ceux qui suivent des cours par correspondance, ceux qui choisissent l’apprentissage autonome, etc. Toutes sortes de profil aussi chez les enfants : ceux qui ont quitté l’école parce qu’ils voyagent, parce qu’ils n’ont pas réussi ou qu’on leur a fait perdre confiance, ceux qui s’ennuyaient et avait envie d’apprendre à leur rythme – plus lent ou plus rapide, ceux qui ont été harcelés ou violentés, ceux qui ne sont jamais allé sur les bancs de l’école et sont pourtant tout à fait adaptés intellectuellement et socialement. Bref, dans ce joyeux monde, il n’y a pas deux parcours identiques. Chaque famille, chaque enfant est unique, a son histoire et ses spécificités. Cela nous a étonné de voir que nombre de ces parents non-sco étaient eux-mêmes ou furent à un moment professeurs. De nombreux moments de partages et d’échanges d’expériences étaient au rendez-vous, notamment sur l’IEF en voyage.

Séjour Ardéchois

Au cours de notre séjour ardéchois, nous découvrons que la quantité de recycleries sur un secteur réduit est assez impressionnante. Aussi nous mettons-nous en quête de rencontres avec les acteurs qui les font vivre mais cela sera le sujet d’un autre article sur les initiatives locales.

Durant les dernières semaines de printemps, l’Ardèche fut arrosée de quantité d’orages qui n’en finissaient plus. Suite à ces déluges, la nature s’est gorgée d’eau et déborde de vie. Point d’Ardèche sèche et rocailleuse à admirer pour l’instant mais une véritable abondance de vert et de forêts. La moiteur quasi tropicale et cette nature luxuriante font parfois penser Mme Cookie à sa Guyane natale. Les petites bêtes sont aussi nombreuses et quel plaisir pour toi d’apprendre à les reconnaître et que tu es fier de toi quand tu les trouve ou les identifie correctement.

Le temps passe, la maison, notre petit château temporaire se nettoie et s’embellit doucement, et Papa n’en finit plus de répondre aux agences d’intérim qui lui propose du travail. Chose qu’il n’avait jamais connu à un tel point ailleurs. Ici, à peine a-t-il posté son profil sur chaque portail local, qu’il reçoit cinq ou six appels par jour. Certes ce n’est pas toujours près, ce ne sont pas des emplois dont tout le monde veut mais cela lui plaît. Le voilà donc temporairement agent de tri en usine de recyclage de tri des déchets. Il est heureux, lui qui souhaitait réellement voir ce qui se cachait derrière les portes de nos usines de tri françaises et qui n’avait finalement pas pu le faire à Polignac cet hiver (près du Puy en Velay).

La réalité du tri

Quelle désolation parfois de se rendre compte, outre le gaspillage « normal » de papier et carton, que nombre de livres et revues à peine lues (même non ouvertes encore sous emballage) finissent leur vie au rebut. C’est au moins une bibliothèque qui défile chaque jour sur les tapis (rien qu’à l’échelle d’une partie de la Drôme Ardèche, imaginez à l’échelle de la France). Entre les boîtes à livres que l’on trouve aujourd’hui quasiment partout, les dons à des œuvres caritatives (secours populaire, croix rouge, associations locales ou humanitaires) ou aux recycleries, l’échange entre particuliers (bookcrossing, SEL, etc.) ou même la vente; les débouchés sont légion pour donner une seconde vie à ces ouvrages. Certains argueront qu’au moins, ils seront recyclés et c’est déjà un moindre mal ou une bonne chose. Dommage néanmoins d’user des ressources forestières, de l’eau, de l’encre pour fabriquer un objet puis d’utiliser d’autres ressources pour le recycler juste après son unique utilisation. Un accès à la culture, un appel à l’évasion, la découverte, l’imaginaire, l’apprentissage qui se terminera en pâte à papier… Rien ne se perd, tout se transforme !

Toi, tu es loin de tout ça, de nos inquiétudes face à cette consommation à outrance où l’objet culturel n’est plus qu’un bien de consommation comme les autres : péremptoire rapidement, démodé donc jetable.

Tu te réjouis même car c’est les bras chargés de livres pour enfants que Papa est revenu plusieurs fois le soir, comme le font d’autres de ses collègues avec d’autres belles trouvailles (il n’y a pas que des livres sur le tapis !). C’est une belle bibliothèque dont tu disposes désormais dans tes bagages, en complément de celles que nous fréquentons assidûment au cours de nos pérégrinations. Dans le village où nous résidons donc temporairement, on s’y étonne même souvent de ton éveil, de tes paroles et expressions si claires et si précises selon eux.elles pour ton âge.

Les déchets des uns font le bonheur de Liam

Voyager grâce aux ami.e.s

Nous avons eu le plaisir, au cours de ce début d’été, de retrouver Floriane une amie seliste avec qui nous avons partagé une belle journée au bord de la rivière et à la découverte des dolmens de Labeaume. Quel plaisir d’avoir des nouvelles des ami.e.s que nous avons gardé.e.s en Charente Maritime et de prendre connaissance des dernières nouvelles de Royansel.

Visite des dolmens de Labeaume

Comme tu es décidément un petit bonhomme loin d’être banal, ce sont désormais des dolmens et menhirs miniatures que tu ériges avec des cailloux, délaissant tes cubes habituels.

Tu fais aussi la joie de Pina, la fille de l’hôte de la maison que nous occupons. Quand elle rentre de ses longues semaines de travail, elle a plaisir a retrouver ce petit garçon si heureux et souriant et ses drôles d’expression. Et toi, tu te régales des petits spectacles de clown improvisés qu’elle t’offre. Nous laisserons des souvenirs heureux ici aussi, c’est certain. Grâce à Pina, nous ferons aussi la connaissance de Laurent et Marie-ange, des voisins eux aussi comédiens et très sympas qui seront parfois d’une aide précieuse. Que de belles rencontres et de moments incroyables avons nous vécu si en entreprenant cette fabuleuse aventure familiale !

La reprise ?

Le temps file et bientôt la maman de Pina arrivera pour l’été et nous aurons plaisir à la rencontrer. Il sera aussi temps alors pour nous de poursuivre la suite de ce voyage vers la Drôme, le Vaucluse puis l’Isère pour le moment.

Nous espérons pouvoir retrouver sur notre chemin, les amis d’enjolivélo, des cyclo-voyageurs que nous avions reçu.e.s alors que tu étais encore dans le ventre de ta maman, et Candide, une amie de maman qu’elle n’a pas vue depuis fort longtemps.

À bientôt pour la suite, et nous vous demandons un peu patience car la publication de ces articles est parfois ardue, faute de connexion. Mais les prochains articles risquent de paraître sans doute un « poil » plus rapidement !

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