Chapitre 23 (final) : Via Rhôna, nous voilà enfin ! A Way to the end…


Row, Row, Row your boat


Mon petit bateau,


Nous voilà de nouveau sur les pistes cyclables, suivant tranquillement le Rhône. Nous croiserons régulièrement d’imposants barrages qui ne cesseront pas de te surprendre par leur immensité et le débit d’eau qui en sort. Nous saluons avec joie les bateaux de croisières et péniches que nous apercevons. Pour certains, c’est peut-être assez monotone, ces longues routes plates et rectilignes le long de l’eau… Mais après des mois en pleine montagne, l’élément aquatique nous manquait terriblement. C’est difficilement explicable, mais c’est un fait. Sentir les embruns marins à des centaines de kilomètres des côtes était peut-être une hallucination olfactive ou un drôle de tour du Mistral, mais cela nous a ragaillardi et donner envie de retrouver au plus vite la Mare Nostrum.



Radiation



Nous longerons la centrale nucléaire de Cruas qui ne nous laissera pas indifférents. Une sensation certaine de malaise nous habite à ce moment précis… Au-delà des légers picotements (que nous avons tous deux adultes ressentis sans pour autant en avoir parlé à ce moment-là) et bien que nous ne nous pensons pas électrosensibles, ce qui nous a le plus gêné est cet énorme gâchis d’eau. Imaginer un réacteur être refroidi par les eaux du fleuve riverain est une chose, voir la chose de ses propres yeux est autrement impressionnant voire angoissant. On aurait peine à estimer la quantité d’eau propulsée sur les cuves par des milliers de jets dans un bruit fracassant. Mais cela doit être monstrueux… Outre une éventuelle contamination (laissons-leur le bénéfice du doute), nous imaginons les travaux dantesques qu’il a fallu entreprendre pour dévier une partie du Rhône et les conséquences sur la faune et flore locale. Nous ne faisons que passer, mais cette rencontre électrique nous rend nerveux. qui ne nous laissera pas indifférents. Une sensation certaine de malaise nous habite à ce moment précis… Au-delà des légers picotements (que nous avons tous deux adultes ressentis sans pour autant en avoir parlé à ce moment-là) et bien que nous ne nous pensons pas électrosensibles, ce qui nous a le plus gêné est cet énorme gâchis d’eau. Imaginer un réacteur être refroidi par les eaux du fleuve riverain est une chose, voir la chose de ses propres yeux est autrement impressionnant voire angoissant. On aurait peine à estimer la quantité d’eau propulsée sur les cuves par des milliers de jets dans un bruit fracassant. Mais cela doit être monstrueux… Outre une éventuelle contamination (laissons-leur le bénéfice du doute), nous imaginons les travaux dantesques qu’il a fallu entreprendre pour dévier une partie du Rhône et les conséquences sur la faune et flore locale. Nous ne faisons que passer, mais cette rencontre électrique nous rend nerveux. Essayons de trouver du positif en toute chose, nous profitons de ce moment pour t’expliquer avec des mots que tu puisses comprendre les notions d’énergie nucléaire, électricité, radioactivité, énergie solaire, énergie hydraulique… Les barrages et les éoliennes, tu les connais déjà bien pour en avoir visité ou aperçu plusieurs. Mais des centrales nucléaires, nous espérons que tu n’en verras pas souvent, autant en tirer un enseignement.

Retour à la nature



Nos étapes deviennent plus longues, l’absence de difficultés et de dénivelés aidant. Nous regrettons souvent notre choix initial d’itinéraire qui nous a fatigué plus vite que nous ne l’imaginions. Aurions-nous dû ne prendre que des pistes cyclables et vélo-routes tout du long ? Nous ne changerons pas le passé et malgré les moments difficiles (Cantal, nous n’oublierons pas ton nom !), nous sommes fier.ère.s du parcours accompli et heureux.euses des rencontres que nous avons faites en choisissant cette voie. Si nous n’avions pas emprunté ces routes peu fréquentées, il y a tant de destins que nous n’aurions pas croisés et autant d’autres amitiés qui ne seraient pas nées. Alors aucun regret !
Malgré notre allure de croisière, nous nous octroyons de nombreuses pauses aux aires de jeux ou dès que quelque chose attire ton/nôtre intérêt. Certaines parties du Rhône sont plus sauvages et c’est appréciable. Nous avons pu par endroit observer des centaines de cygnes, canards, grues, grèbes et poules d’eau qui se reposaient tranquillement.
Nous passons l’impressionnante passerelle himalayenne de Rochemaure qui nous offre une vue bien dégagée sur le canal du Rhône et la végétation. Maman, cependant, ne s’y attarde pas trop ! C’est une épreuve pour elle que de traverser ce magnifique pont tant son vertige l’incommode et lui gâche tout le plaisir de la traversée.

Soirée internationale


À Montélimar, Chantal et Gilbert nous attendent pour la soirée. Quelle belle surprise de les apercevoir au point de rendez-vous avec leurs vélos couchés. Papa aura l’occasion d’en tester un sur un petit kilomètre jusqu’à leur domicile. C’est une expérience très étrange que de faire du vélo lorsqu’on est plus proche du sol. Les sensations sont vraiment différentes : la vitesse est ressentie beaucoup plus forte, et les accélérations sont impressionnantes. Être au bas des voitures, à côté des bordures des trottoirs, c’est un peu étrange. Le dos est bien aise dans cette position très confortable et le pédalage est moins fatiguant, sauf lorsqu’on démarre où on doit forcer plus sur les mollets, mais après quelle joie d’être porté par l’allure ! Le vélo couché est une expérience qu’on réitérera ! Tu feras également l’expérience avec Gilbert de cette drôle de monture qui te surprend par son étrange forme. Est-ce bien un vélo finalement ? Une fusée peut-être ? En tout cas, cela roule bien plus vite que les vélos de Papa et Maman !
Nos adorables hôtes sont très accueillants avec nous et nous sommes heureux d’en découvrir un peu plus sur eux, leur vie et leur activité. Gilbert s’occupe notamment de Montélovélo, une association locale qui milite pour le développement des transports doux sur Montélimar et qui propose un atelier participatif de réparation de vélos. Des discussions passionnantes sont à notre menu. Et pour toi, c’est également l’occasion d’entendre parler dans d’autres langues puisque d’autres invités Warmshowers d’origine suisse et chilienne sont présents autour de la table. Warmshowers, comme de nombreux autres réseaux d’échange d’hospitalité, est une formidable outil de rencontre et de dépaysement. Grâce à ces différents systèmes, nous avons toujours rencontrés des gens adorables, sincères, ouverts et ayant plein de choses à nous apprendre ou à partager. Le partage, l’échange, la rencontre, c’est ce qui fait vivre ces réseaux et il est important de rappeler que c’est un système « gratuit » (même si on peut choisir de participer) mais qui ne peut fonctionner que si chacun participe et adhère à cette recherche d’échange et de lien humain. Donner un peu de son temps, aider dans la mesure du possible son hôte pour être une moindre gêne et pourquoi pas échanger réciproquement des compétences et des savoirs (notamment culinaires), participer aux tâches ménagères… C’est si peu comme contrepartie et il est regrettable que certains nouveaux adhérents oublient l’essence de ces réseaux et en abusent.
Pour rester dans le thème du lien positif, quelle belle surprise avons-nous en découvrant que nous avions tous les quatre héberger à plusieurs mois d’intervalle Isis, Clément et leur petite Y., la famille franco-canadienne en tour d’Europe en 2015. Chouette et courageuse famille que nous avons eu plaisir à retrouver cet été quand Ulysse nous accompagnait encore. Nous transmettons quelques nouvelles et rappelons par « pigeon voyageur » à cette petite famille que leurs anciens hôtes gardent un mémorable souvenir d’eux et aimeraient renouer le contact. Depuis quelques jours nous nous organisons afin de rencontrer une famille d’IEFeurs qui aimerait bien faire un bout de chemin avec nous sur le tronçon qui nous attend prochainement. Malheureusement, un peu de mauvais temps et une maladie tombée au mauvais moment empêchera Lysdo EA et ses garçons de nous rejoindre. Espérons que ce ne soit que partie remise et au plaisir de les accueillir s’ils passent un jour par la Vélodysée.

Une maman



Le lendemain, cap sur Pierrelatte, charmante petite bourgade moins connue pour sa Pierre plate, énorme rocher qui serait tombée de la chaussure de Gargantua que pour la fameuse centrale nucléaire qu’elle abrite : le site du Tricastin. Pierrelatte, si nous l’avons peu visité finalement, reste une magnifique étape de ce voyage. Celui-ci se construisant de paysages, de découvertes et d’apprentissages insoupçonnés, ce sont aussi et surtout les rencontres humaines qui le nourrissent. Nous y rencontrerons Blandine et ses enfants M. et L. et leur joyeuse ménagerie. D’une douceur et d’une bienveillance rare, Blandine est une personnalité comme on les aime : positive, ouverte à l’inconnu et aux bonnes surprises, chaleureuse… On ne sait pas trop quel adjectif choisir finalement… Disons alors simplement qu’avec eux, nous nous sommes sentis tout de suite comme à la maison, un foyer accueillant et réconfortant, rassurant et débordant d’amour. Une maman, en somme ! Pourtant, comme pour chacun d’entre nous, la vie n’a pas toujours été tendre avec elle. Mais sa bonne humeur est contagieuse et nous sommes heureux de l’attraper. Assistante maternelle de profession, notre chambre sera en fait sa salle de jeux. Quel grand bonheur pour toi de pouvoir t’amuser avec tous ces différents jouets au cours de la soirée. Avec L., vous vous amusez à en perdre haleine, et parfois c’est un peu l’ascenseur émotionnel. Blandine s’en va prochainement en vacances et prévoit une étape en Charente Maritime. Quel beau hasard ! C’est avec une joie non dissimulée que nous lui échangeons nos bons conseils et l’informons sur les divers lieux à ne pas manquer sur sa route, y compris les moins connus du grand public. À cette occasion, nous nous rendons compte que cette liste est bien longue et qu’il y a tant de lieux magnifiques et chargés d’histoire qui nous ont marqué lorsque nous vivions en Charente Maritime ! Outre la nostalgie maritime, nous avons profondément envie de redécouvrir tous ces précieux endroits à tes côtés et de te voir t’émerveiller devant tous ces trésors naturels, patrimoniaux et historiques. Nonobstant le plaisir que nous avons eu à découvrir une nouvelle région et un département sauvage et montagneux l’hiver dernier, bien que nous y ayons aussi fait de belles rencontres et tisser de forts liens d’amitié, l’appel de la mer est plus fort cette année. Et tel le chant des sirènes, il nous attire inexorablement à nous échouer pour une durée indéterminée sur les côtes charentaises. Peut-être serons-nous déjà arrivé.e.s lors du séjour de Blandine et nous serons plus que ravis de leur rendre ce qu’ils nous ont si chaleureusement donné : l’hospitalité ! Au petit matin, M., instruit en IEF, vaque à ses occupations tandis que sa petite sœur nous quitte pour aller à la maternelle. Quel crève-cœur pour vous deux ! Nous nous accordons un petit peu de retard sur notre étape du jour car Blandine aimerait beaucoup nous faire découvrir un lieu qu’elle affectionne particulièrement : la source et la chapelle romane du Val des Nymphes de La-Garde-Adhémar. Nous avons beaucoup apprécié ce lieu calme et ressourçant. Nostalgie toujours, il n’était pas sans nous faire fortement penser aux fontaines de Vénérand, non loin de Saintes. Une atmosphère brumeuse et fraîche, des carrières, des lieux de cultes entourés d’une forêt de chêne… Atmosphère bien mystérieuse et pourtant si apaisante, un lieu comme on adore en découvrir ! Merci Blandine pour ce beau « détour ».

Nous arriverons sans trop de difficulté et tôt dans l’après-midi malgré notre départ tardif au Pont Saint Esprit dont nous empruntons l’ouvrage d’art éponyme afin d’y pénétrer. La visite est assez rapide et succincte et le patrimoine est plutôt joli. Le pont, nous dit-on, serait bien plus intéressant que son cousin avignonnais qui nous attend à quelques coups de pédales.

Dancing under the rain



Avant cela, nous nous arrêterons chez Aurélie, Yannick et leur fils B. Encore un ami de ton âge avec qui tu t’empresses de lier d’amitié. Tandis que les mamans discutent, les petits filous prendront la poudre d’escampette le temps de quelques secondes pour se lancer dans un remake de « Singing in the rain ». Quel tristesse pour vous quand nous vous arrêtons dans ce bel élan créatif ! Mais il serait dommage de tomber malade à cause d’un petit coup de Mistral. Il fut bon à cette occasion de ne pas se sentir seul concernant les changements de perspectives qu’a amenés la naissance d’un petit être dans nos vies. Cette envie de ralentir, de donner du sens à nos actes et nos choix professionnels, de VIVRE ce temps si court et si précieux, de voir nos petites graines germer et devenir de magnifiques jeunes pousses, robustes et épanouies… À force de rencontrer des « jeunes parents » trentenaires comme nous qui semblent faire le même constat, nous nous sentons un peu moins « étranges ». Merci Aurélie pour toutes les discussions, les fous rires et le délicieux crumble. Et chapeau à Yannick l’ingénieur qui nous a bricolé en moins de deux une capote de pluie en mode « Mac Gyver » pour une de nos chariottes. Nous avons malheureusement oublié l’ancienne chez Blandine qui nous la fera suivre plus tard.

On y danse tous en rond.



Avignon, nous voilà ! Mais d’abord, petit détour par le marché de Villeneuve-lès-Avignon où Papa se met en quête d’un fruit bien étrange. La veille, nous avions rapporté à nos hôtes des figues de barbarie. Ces derniers semblent partager avec ton père le goût des découvertes gastronomiques improbables. Aussi, lorsqu’ils découvrent un fruit ou un légume qui sort de l’ordinaire, ils ne peuvent s’empêcher d’être curieux et de vouloir y goûter. Quand ils apprennent à Papa qu’on peut trouver des jujubes sur le marché de Villeneuve, tu imagines bien ce qu’il fit par la suite. Ainsi, tous les commerçants ambulants furent mis à contribution dans sa recherche de ces sacrées jujubes… Au final, ça ne paye pas de mine, ces petits fruits presque secs et plein de graines. Seuls Papa et toi semblaient finalement y prendre goût et tant mieux pour vous car ils sont plein de vitamines. D’Avignon, nous ne visiterons pas le pont (nous ne danserons pas dessus… mais dessous !) ni le Palais des Papes qui était déjà fermés à notre arrivée. Nous prendrons le temps de flâner dans les rues, tâter l’atmosphère médiévale particulière qui émane de ces lieux. Tant pis si tu ne peux pas encore rentrer dedans, gravir les marches autour du Palais des Papes suffit à t’emplir de joie. Et tu apprécies d’autant plus d’arriver tout en haut pour admirer le panorama !


On approche de la fin


Le lendemain, nous ferons route vers Tarascon, ville natale du célèbre héros Tartarin d’Alphonse Daudet. Une belle petite ville où tu te feras une nouvelle fois un compagnon d’aire de jeux pendant que Papa ira faire le tour de la ville pour en découvrir ses monuments.
La fin approche, petit Robinson, et nous confirmons notre choix de nous arrêter à Sète. Et nous faisons même le choix d’y parvenir bien plus tôt que prévu car la météo annonce des pluies diluviennes et un risque d’orages trois jours plus tard. Nous sommes début octobre et nous roulons encore en T-Shirts dans la Camargue ensoleillée, si bien que nous attrapons encore parfois des couleurs.
Quelques petits ports en plein cœur des villages annoncent notre arrivée près de la Méditerranée. Ces deux derniers jours seront nos plus grosses étapes au cours de ce voyage : chacune entre 60 et 70 km. Si d’habitude, nous préférons prendre notre temps et découvrir à lenteur d’escargot les lieux que nous traversons, il nous importe d’éviter le cataclysme annoncé (et nous n’avions pas idée, à ce moment-là, à quel point cela serait vérifié) et de nous mettre à l’abri dès que possible.
Nous réservons un billet de train pour rallier Sète, terminus de la Via Rhona, à Bordeaux, chez Tata Christelle. Sur les derniers cent kilomètres, la Via Rhona nous désarçonne. Où est-donc passé ce long tracé en ligne droite qui longe le fleuve ? Des panneaux parfois bien fantaisistes nous perdent parfois dans les damiers de marais une fois passé Bellegarde. Quelques grandes flaques de boues et cet itinéraire qui n’en finit pas de s’entourer de mystère mettent un peu nos nerfs à rude épreuve. Heureusement, il fait beau ! Nous apercevons tous près de nous dans la garrigue des quantités impressionnantes de taureaux noirs et de chevaux blancs, pas de doute, nous sommes bien en Camargue. Nous sommes émerveillé.e.s par la beauté de la nature. Nous arrivons à Aigues Mortes en ayant bien pédalé et sans nous rendre compte du nombre de kilomètres parcourus sur la journée. La ville est en fête, mais l’ambiance ne nous plait guère. Un lâcher de taureaux est prévu dans quelques heures dans les rues de la cité alors nous ne nous y attarderons pas. Ce sera juste le temps d’une petite pause pour pique-niquer.

Nous reprenons la route le long du canal du Rhône à Sète et improvisons une nouvelle pause à la Tour Carbonière. Mme Cookie étant fatiguée, elle gardera un œil sur les vélos, tandis que Papa et toi irez explorer entre hommes la fameuse tour et les marais attenants. Pendant ce temps, ta maman fera connaissance avec deux retraités nordistes ayant longtemps vécu à Marennes et venus s’installer en Camargue depuis peu. Un beau parcours.

En continuant notre avancée, nous croiserons désormais de nombreux flamants roses. Les vaches et taureaux camarguais leur ont cédés la place, et tu as ravi de pouvoir les voir si nombreux et de si près.


Délivrance


À la fin de la journée, nous atteignons enfin le Grau-du-Roi et son bord de mer tout en béton. Nous y avions déjà fait un bref séjour en été, durant notre pause ardéchoise. La fin de la saison a sonné, le ciel est un peu couvert… Le lieu nous semble bien différent, un peu plus sauvage par endroit. La sensation d’arriver face à la Méditerranée à vélo, après tant de kilomètres dans les jambes depuis la Charente Maritime, est juste incroyable. Nous poussons l’audace de terminer ce trajet à vélo tout au bout de la longue jetée de la ville, jusque dans la mer ! L’émotion est si intense d’avoir pu relier l’Atlantique à la Méditerranée après un si long et riche périple que les images de ce voyage défilent dans nos têtes.

Papa ne peut pas s’empêcher de vouloir aller se baigner et toi, tu n’as qu’une envie : courir partout dans le sable. Nous l’avons tant attendu cette mer que nous voulions revoir. Point d’orgue d’une journée riche en kilomètres que cette longue baignade. Quelques badauds attirés par notre convoi nous questionne sur notre voyage. En repartant, nous aurons une sacré surprise : quelqu’un a glissé un ticket de loto sous les roues de notre Chariotte. Il ne s’agit pas d’un oubli ni d’une feuille envolée, mais bien de quelqu’un qui a glissé l’ensemble des grilles et ticket de paiement. Étrange et imprévisible, mais drôle ! Gagnerons-nous un jour des millions grâce à ce ticket ? Le devons-nous à l’une des personnes venues nous parler lorsque nous nagions ? Mystère et roue de vélo… Au moment de trouver un toit pour la nuit, Papa fait le choix, têtu qu’il est, d’emprunter un chemin sableux menant à un passage bétonné au lieu d’emprunter la voie plus proche (mais rallongeant notre itinéraire) qui était goudronnée. Patatras ! Son vélo tombe à terre ! R.I.P. ordinateur portable à un jour de la fin de ce périple… Heureusement, cette fois le contenu était sauvegardé !


Dernière journée de pédalage


Le lendemain, levée aux aurores pour éviter l’ondée que nous annonce la météo. Nous roulerons sans relâche jusqu’à Sète. Les premiers kilomètres se font sans effort en ne nous éloignant pas trop du front de mer… Mais bientôt la pluie s’invite dans la partie… Une pluie comme nous en aurons rarement vue. Des seaux d’eau nous tombent dessus à chaque seconde, les chemins sont si inondés que nous avons peine parfois à faire la distinction entre la piste et le bas-côté. Nous pédalerons sans nous arrêter afin de parvenir jusqu’à Sète, ne profitant même pas d’une pause à Palavas… L’esprit du voyage nous a-t-il déjà quitté ou sommes nous vraiment soucieux du mauvais temps qui s’annonce ? Dernier nuit du voyage à l’hôtel malheureusement. Notre hôte Couchsurfing habite à plus de 2 km de la gare (sous une pluie qui ne cesse pas) où nous devrons nous rendre de très bonne heure. De plus, elle ne peut pas entreposer nos vélos qu’elle souhaite garer dehors… Un ensemble de petits détails qui nous feront finalement choisir la facilité à la rencontre… Faire nos paquetages sous la pluie et devoir braver la circulation ne nous fait pas très envie. Un charmant petit hôtel sur le port sera notre salut… Étrange sensation de savoir que dans quelques heures, cette parenthèse cyclopédique d’un an et demi va s’achever….


Retour en Charente Maritime ?


Entre appréhension et besoin d’un retour à une vie plus posée pour une durée indéterminée, nous ne sommes pas encore tout à fait sûrs. Alors que nous écrivons ces lignes, neuf mois se seront déjà écoulés depuis ce moment. N’y vois pas de symbolique quelconque, simplement que la vie « sédentaire » nous a rattrapé et nous a laissé peu de temps pour écrire ces dernières lignes. Mais retournons à Sète… C’est encore l’aube et nous chargeons nos vélos. Le vent souffle déjà fort, la pluie est toujours bien présente, une odeur d’iode et d’écume inonde le port. Plus les jours ont passé cette semaine, et plus nous mesurons la sagesse de notre choix de ne pas pousser notre voyage plus loin. Nous envisagions à l’origine de le finir en empruntant la voie cyclable du canal des deux mers (canal du Midi puis de la Garonne) qui relie Sète à Bordeaux. Peur de ne pas avoir le temps de rentrer avant que le temps ne se gâte vraiment, fatigue accumulée ces derniers jours… Qu’est-ce qui nous aura finalement pousser à faire ce choix ? Dans quelques heures, cependant nous mesurerons à quel point cela aura pu avoir un impact sur notre vie. Nous voilà de très bonne heure sur le quai de gare. Tout est prêt, dépaqueté, rangés en ordre, emballé (Chariottes) et près à être monter dans le train intercités qui va de Carcassonne à Bordeaux en passant par Sète… Nous savons que nous disposerons de très peu de temps pour cette opération et qu’en général les agents SNCF ne sont pas fan des vélos et encore moins des voyageurs chargés même s’ils règlent le supplément pour avoir un compartiment dédié.
Tout est prêt pour l’embarquement !
Les minutes passent. Tu t’impatientes. Nous trouvons mille et une façon de t’occuper. Le temps dehors vire au déluge. Nous sommes heureux d’être à l’abri dans cette gare. L’heure approche… Pas de retard signalé mais toujours pas de voie attribuée… L’heure passe… Puis cinq minutes…Puis dix… Puis trente… Le retard est annoncé, mais on ne sait toujours pas quand ni où devra s’arrêter notre train… Puisque visiblement la voie initialement annoncée par le chef de gare ne sera pas la bonne. Aucune information ne circule… Le personnel SNCF se retranche dans la gare et se garde bien d’informer les voyageurs. Nous irons donc au guichet pour savoir ce qu’il se passe et apprenons qu’à cause d’inondations survenues à Carcassonne, aucun train ne circulera avant midi… Et encore rien n’est moins sûr. Sur le coup, nous fulminons et toi, tu as plus que besoin de bouger après cette longue attente… Nous comprenons que la SNCF est tout comme nous tributaire du mauvais temps… Mais nous avons perdu un temps précieux par leur absence d’information. Un couple de retraités américains se retrouvent bloqués sur place alors qu’ils auraient pu peut-être prendre un autre TGV qui est bien passé et qui allait en direction de Paris… Ils louperont leur avion par la faute de ce manque de communication car ils ne pourront partir que le lendemain désormais… Finalement, pour nous, c’est beaucoup moins grave et nous pouvons nous faire rembourser nos billets. Avec Maman, tu restes en gare pour surveiller les affaires que nous ne pouvons pas déplacer. Pendant ce temps, Papa part à la recherche d’une solution. Sur notre route, au petit matin, nous avions aperçu une agence de location… Papa, délesté d’environ 300 euros, revient vers nous sous une pluie battante sur son nouveau destrier… Euh non, dans une Jeep haut de gamme flambant neuf… Quelle ironie pour achever ce voyage écolo, décroissant et lent ! C’était malheureusement le dernier gros véhicule disponible, les autres véhicules ayant tous été empruntés par beaucoup de voyageurs en train désabusés aux vues des conditions climatiques. L’ensemble de nos affaires logent tout juste dans le gros SUV. Nous devrons complètement démonter les vélos
(roues, guidon) et les Chariottes pour cela. À quelques heures de là, Tata Christelle et sa famille s’inquiètent. Nous devions les retrouver pour les prochains jours. Arriverons-nous à les rejoindre aujourd’hui ? Il pleut à n’en plus finir… et parfois nous traversons carrément des murs de pluie. Nous prenons la décision de ralentir encore un peu malgré notre retard, nous n’avons pas envie d’avoir un accident. À la radio, nous entendons parler des inondations et prenons la mesure du cataclysme auquel nous avons échappé de peu. Cela nous frappe d’autant plus lorsque nous passons à proximité de Carcassonne et longeons une partie des voies cyclables en bord de Canal du Midi, complètement dévastées. Que serait-il advenu de nous si nous avions fait le choix de ne pas nous arrêter à Sète et de prolonger notre route ? Et si notre train était parti quelques heures plus tôt ? Nous mesurons notre chance et la forte probabilité qu’un ange gardien ait veillé sur nous tout au long de cette aventure. La vie tient finalement a bien peu de chose. Alors que nous le pensions terminé, ce voyage nous donne encore matière à réfléchir et à apprécier notre condition. Après des heures et des heures d’autoroutes et un ciel qui finit par se dégager, nous arrivons en fin de journée en banlieue bordelaise. Et les retrouvailles avec tes cousins et cousines que tu n’as pas vu depuis un an et demi sonne la fin de cette joyeuse épopée sur les routes de France.


Fin du voyage


Il y aurait tant d’autres choses à raconter encore… Ces retrouvailles, l’accueil inattendu fait par Fanou qui nous laissa les clés de sa maison le temps qu’on trouve quelques semaines plus tard notre nouveau chez nous, le retour à la vie sédentaire, l’accueil de nos amis de Pierrelatte et du Puy qui nous avaient si gentiment offert leur amitié et l’hospitalité… Métro, boulot, dodo… Nous n’avons que trop tarder à écrire ces lignes… Comme écrit un peu plus haut, notre ordinateur a rendu l’âme dans une manœuvre malencontreuse de Mr Cookie au Grau-du-Roi. Rien que la récupération des photos nous a pris plusieurs mois. Entre recherche de travail, différents boulots et tracasseries de la vie quotidienne, le temps nous a filé entre les doigts… Avant d’écrire ces lignes, il nous a aussi fallu penser à nous, à ce retour à la « norme », à « atterrir » en douceur… mais ce n’est peut-être toujours pas tout à fait le cas, ce voyage nous aura probablement changé plus que nous ne le pensons. Tout comme la parentalité nous a amené à ralentir et ton atypisme à accepter de faire avec nos différences et de les transformer en force. Il reste aussi des esprits à apaiser, des cœurs à panser, des nerfs à amadouer après qu’ils aient parfois été mis à rude épreuve au cours de ce voyage. Si dans l’ensemble nous en retirons des rencontres riches, des moments et des sensations inoubliables et une meilleure connaissance de notre pays… nous ne pouvons pas mentir en disant que tout a toujours été rose bonbon et qu’il n’y a jamais eu de coups de mou, d’engueulades, d’incompréhensions et de découragements à certains moments. Mais cela fait aussi parti de cette histoire qu’est la nôtre. Nous essayerons de mettre ce blog un peu plus souvent à jour, ne serait-ce que pour finir les articles sur les initiatives que nous avons rencontrées. Prochainement, vous aurez peut-être le plaisir de lire quelques lignes à notre sujet dans le magazine Grandir Autrement, dédié à la parentalité et aux alternatives. Merci à Jenny pour ce petit clin d’oeil ! Nous profitons de ces dernières lignes pour remercier tous ceux qui :
  • ont cru en nous
  • nous ont fait confiance pour nous ouvrir leurs portes ou nous laisser leurs clés
  • nous ont fait découvrir des lieux, des personnages, des actions collectives qui resteront gravés dans nos cœurs
  • ont partagé un bout de cette aventure avec nous
  • ont pris de nos nouvelles et se sont inquiétés pour nous
  • ont participé de près ou de loin à l’élaboration de ce blog
  • ont accepté de nous parler de leur part du colibri
  • ont fait que ce pari fou soit une si belle aventure
  • et enfin tout ceux que nous oublions mais que nous aimerais simplement remercier pour leur existence

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Bientôt la rentrée 2019, et probablement avec celle-ci l’officialisation de la loi Blanquer (toujours en cours et pas totalement entérinée) et donc ta première année d’instruction en famille officielle. Gageons que ce voyage aura ouvert grand tes yeux et ton esprit et que tu ne te lasseras pas de continuer à apprendre tant que cette curiosité naturelle est nourrie. Mon tout petit déjà si grand, le temps passe et nous rattrape ! Nous sommes partis le jour de ton premier anniversaire, tu en as maintenant trois ! Nous ne savons pas quels souvenirs tu garderas encore de cette parenthèse enchantée dans quelques années, mais nous espérons qu’ils seront doux, joyeux et colorés et qu’ils seront emprunts d’un attachement fort à ceux que tu as aimé.e.s. D’autres voyages nous appelleront peut-être un jour… mais ceci, mon enfant et cher.ère.s lectrices.eurs, sera l’objet de nouveaux chapitres dans de nouveaux livres…
En avant pour de nouvelles aventures !

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