Initiatives locales – Les systèmes d’échanges locaux

Qu’est-ce qu’un système d’échange local (ou SEL) ?

Il s’agit en général d’une association de fait ou déclarée de plusieurs personnes qui se regroupent pour échanger entre elles des biens et des services. Ces dernières utilisent une unité fictive qui sert à quantifier la valeur de l’échange, le plus souvent basée  sur une réciprocité avec le temps équivalent au service. Ainsi, pour une heure de coup de main en bricolage par exemple, on demande en général soixante unités. Il est important que les sélistes se mettent d’accord au préalable sur la valeur de l’échange à réaliser. L’objectif premier des SEL est de favoriser l’échange local entre les individus et de rompre l’isolement en recréant du lien social.

Transmettre ses compétences et ses savoir-faire, partager un moment convivial autour d’un repas partagé, vider son grenier ou trouver un objet recherché, obtenir une petite aide qu’un professionnel n’aurait pas réalisé compte tenu de la petitesse de la tâche, apprendre ensemble pour mieux faire soi-même ensuite et ainsi devenir autonome… Autant de bonnes raisons de participer à la vie d’un SEL.

Le SEL se différencie du troc car les échanges ne se font pas nécessairement avec une seule personne. Aurélien propose d’aider Michel à faire du bricolage. Ce dernier apprend l’esperanto à Heidi. Celle-ci accompagne de temps en temps Samira faire quelques courses en voiture. Samira propose à un petit groupe de partager une après-midi jeux autour d’un goûter. Y sera notamment présent Claude, qui présentera un petit atelier pour réaliser soi-même un jeu de quille en bois… Les possibilités d’échanges et les interactions sont infinies et ne se limitent qu’aux compétences et aux biens qui sont mis en circulation.

Il diffère également des acorderies, où l’on ne propose que des services entre personnes. Les réseaux d’échanges réciproques de savoir sont, eux-aussi, des maillons de l’économie sociale et solidaire proches mais différents du SEL.

Le SEL est dit local car il rayonne en général sur le territoire d’une ville ou d’une agglomération. Certains SEL, cependant, fonctionnent parfois à l’échelle du département, ce dernier étant parfois essentiellement rural.

Comptabilité

Chaque SEL possède son unité. Il n’est pas rare que son nom soit lié à l’histoire ou au patrimoine local culturel et culinaire.

Voici un petit florilège des noms d’unités rencontrés ici et là au cours de notre aventure:

  • le galet à Royansel, notre SEL d’origine à Royan, qui tient une place toute particulière dans notre coeur;
  • la piballe (une anguille), à la Clef de SEL, à Rochefort-sur-Mer;
  • le sourdon (coquillage), à Nacre et SEL, à Etaules;
  • les minutes à Et-Changeons 16, à Angoulême;
  • la lentille, à l’Echo du Velay, au Puy en Velay.

Ces échanges sont reportés informatiquement ou sur un document qui permet d’en conserver une trace (feuille, carnet d’échanges, etc.), et pour certains SEL de tenir une comptabilité en unités et de faire des statistiques pour l’assemblée générale suivante. D’autres SEL, comme c’est le cas dans celui de Tulle, ne reporte que la nature de l’échange et le nom et numéro d’adhérents des participants. Il n’y a alors pas d’unité à proprement parler.

Communication

Pour échanger, certains SEL proposent une liste de diffusion par mail avec modérateur (Royansel), ou sans (Clef de SEL). D’autres préfèrent fonctionner par le biais d’un forum (Et-Changeons 16) ou d’un site Internet (l’Echo du Velay). Chaque personne rédige, en général, les offres et les demandes qu’elle peut proposer/demander de façon régulière dans un catalogue dont le fonctionnement est propre à chaque SEL. Pour les demandes plus ponctuelles, elles sont émises selon le besoin par la mailing list ou le site dédié et on informe les autres sélistes quand on a trouvé son bonheur.

Il est important de rappeler que les offres et demandes, les services réalisés entre les personnes doivent être ponctuels, non répétitifs et de courte durée afin de ne pas empiéter sur l’activité commerciale d’un professionnel.

Rencontres

Dans certains SEL, on se réunit une à deux fois par mois tous ensemble pour faire le point sur le mois écoulé et partager un moment convivial. C’est souvent dans une salle municipale, au domicile d’un adhérent ou dans un lieu-phare de la vie associative locale que l’on se retrouve. Pour d’autres, il y a simplement une permanence régulière afin d’accueillir ou de renseigner les badauds et les nouveaux membres. Enfin, la vie du SEL est aussi ponctué de moments de rencontres INTERSEL tels que les bourses locales d’échanges (BLE), sorte de brocante en unité de SEL, en général ouverte aux SEL voisins. Il n’est pas rare d’y trouver, à l’occasion, un repas partagé : chacun amène un plat et une boisson ainsi que ses couverts, on met tout en commun et on passe un bon moment ensemble !

Pour aller plus loin…

Une association fédère en son sein une grande partie des SEL de France, elle s’appelle SEL’IDAIRE. Sur le site de cette dernière, on peut retrouver tous les renseignements relatifs à la vie et à la création d’un SEL ainsi qu’un annuaire assez exhaustif (bien que certains SEL choisissent de ne pas y adhérer) des SEL adhérents.

Enfin, une association permet aux sélistes qui le souhaitent de voyager et d’être hébergés chez d’autres sélistes, en échange de nuitées (correspondant à soixante unités de SEL par personne par nuit). C’est un bon moyen de découvrir le pays, ses habitants ainsi que les modes de fonctionnement différents mais plus riches les uns que les autres au sein de chaque SEL. Nous reviendrons sur la Route des SEL à l’occasion d’un prochain article.

Notre expérience

Grâce au SEL, nous avons fait de très belles rencontres. Nous ne connaissions personne en arrivant en Charente Maritime, et l’avons quitté en ayant de très nombreux amis. Beaucoup d’entre eux sont des sélistes de tout le département et nous avons été heureux de faire un bout de chemin avec eux et de découvrir ces belles associations.

Parmi les nombreux échanges effectués au cours de ces dernières années, nous avons:

  • donné de multiples coup de main en informatique, bureautique et électroménager (conseil, accompagnement, bricolage);
  • aidé aux démarches administratives;
  • gardé des maisons et des animaux en l’absence de leurs propriétaires;
  • fait garder notre brave Juju lorsque nous sommes partis à vélo de Charente Maritime à Hendaye;
  • appris quelques bases de permaculture, de construction écologique, découverts des saveurs et recettes locales;
  • découvert les plantes sauvages comestibles de notre département;
  • animé des soirées jeux, des promenades, des piques-niques, des soirées sous les étoiles filantes;
  • refait le monde, réfléchi ensemble à comment faire avancer le monde différemment mais de façon plus solidaire;
  • appris à écouter les points de vue différents du notre et à les considérer, à accepter les critiques constructives pour mieux avancer;
  • échangé des plantes qui ont agrémenter notre jardin ou rendu heureux d’autres personnes;
  • meublé à moindre frais notre appartement en donnant une seconde vie à des meubles qui embarrassaient leurs propriétaires;
  • trouvé un covoiturage ou un prêt de voiture lorsque nous étions parfois en panne…

Nous oublions certainement des échanges essentiels effectués au cours de ses années, et la quantité d’objets et de services échangés ces six dernières années fait qu’on ne peut pas se rappeler de tous. Reste surtout le lien tissé avec toutes ces personnes qui sont devenues des amis et que nous n’oublierons pas ! Merci le SEL et merci les sélistes !

Pour conclure, on pourrait citer l’une des phrases que l’on retrouve souvent au cœur des chartes propres à chaque SEL et qui en définit bien l’esprit : le lien vaut plus que le bien.

Sur Internet

Pour les plus curieux, n’hésitez-pas à aller faire un tour sur les sites des SEL et associations citées :

 

2 Comments

    • Bonjour,

      Effectivement, vous faites bien de noter que cette liste des SEL n’est pas exhaustive. Nous n’avons cité en exemple que les SEL dont nous étions adhérents ou ceux que nous avons pu rencontrer au cours de ce voyage. Nous en avons sans doute oublié beaucoup car bien heureusement, la France est riche de ses nombreux réseaux d’échanges. Pour la Charente Maritime, nous n’avons effectivement pas parlé des SEL de La Rochelle, Marennes, Bourcefranc, Oléron, Loire les Marais, Saint Jean d’Angély, Pons, et encore nous imaginons qu’il y en a d’autres que nous ne connaissons sans doute pas. C’est pourquoi nous invitons nos lecteurs à avoir la curiosité de chercher, si le cœur leur en dit, des SEL proches de chez eux, notamment grâce à l’annuaire de SEL’IDAIRE. Nous vous remercions de votre remarque.

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