Chapitre 16 : Le temps d’un automne

Une mère et son enfant

Mon petit Ponot,

Voilà bientôt un mois que nous avons posé nos vélos au Puy en Velay, au cœur de l’automne. Nous avons trouvé le jour même un joli studio au cœur de la ville. Il suffit à nos besoins et nous permet de vaquer aux tâches quotidiennes sans motorisation.

On ira, où tu voudras, quand tu voudras…

Sous nos fenêtres, le paisible parc Henri Vinay, nous permet de garder un contact direct avec la nature. Tu continues de demander chaque jour ta longue promenade. Papa y veille, troquant ta remorque pour de grandes aventures en poussette à travers la ville. Tu as le virus de la bougeotte et des grands espaces, semble-t-il. Si elles sont moins longues qu’avant, ces balades restent pour toi de merveilleux moments de découvertes, d’échange et d’éveil. Il nous tarde d’être de nouveau aux beaux jours.

Comme si l’univers avait le sens de l’ironie, nous devons admettre que le Puy en Velay est, ces derniers temps, baigné de températures estivales, l’été indien se prolongeant. On en regrettait presque, certains jours, notre décision de nous poser quelques temps.

Mais mieux vaut prendre les devants et s’organiser avant que les mauvais jours n’arrivent vraiment. Les amis que nous nous sommes fait ici nous confirme que le vent peut tourner rapidement. Il y a quelques années encore, il n’était pas rare d’avoir de la neige à la Toussaint. Profitons donc de ces beaux jours pour découvrir la ville et ses merveilles. Nous regrettons un peu d’être arrivés après les festivités du Roi de l’Oiseau. Nous ne verrons pas la ville du Puy et ses habitants célébrer cette fête médiévale de grande envergure.

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Les liens qui nous unissent

Petit à petit, sans vraiment le chercher, nous nous créons tout un réseau social. En quête d’un endroit où mettre notre compost, nous nous sommes retrouvé adhérents du jardin partagé du quartier. Cela nous a permis de lier connaissance avec quelques personnes, découvrir cet espace de verdure en ville et recevoir quelques légumes gratuitement… Alors qu’au départ nous cherchions juste à éviter l’incinération inutile et énergivore de nos déchets organiques ! Une fête d’Halloween sera organisée pour les petits et les grands quelques jours plus tard, nous irons y faire un tour.

Une autre fois, alors que nous nous promenions, nous avons découvert « Le P’tit Café de l’association Jeunes Pousses« . Dans un journal local des sorties, nous avions découvert que nombres d’activités parents-enfants s’y déroulaient. Cela avait aiguisé notre curiosité. Nous avons rencontré Samira, salariée de l’association, qui a pris le temps de nous raconter l’histoire de ce joli lieu et de nous présenter les animations qui y auraient lieu prochainement.

Liam au P'tit Café
Petite pause au P’tit Café

Le p’tit café, c’est vraiment un chouette endroit pour toi comme pour nous. Plein de jeux pour les petits et les plus grands, des ressources pédagogique, un espace adapté aux enfants, coloré et chaleureux où les parents peuvent prendre le temps de se reposer et d’échanger, un lieu de rencontre autour d’ateliers sur la communication bienveillante, des moments de discussions… Un endroit comme on aimerait qu’il y en ait partout, qui créé du lien entre les gens, parents ou non, et qui permet surtout à ces derniers de rompre un peu l’isolement et de rencontrer du monde en passant un moment convivial en famille. Un lieu idéal en somme, pour nous les jeunes parents fraichement débarqués de notre voyage. Promis, nous en parlerons plus longuement, mais la liste des articles sur les initiatives locales positives est déjà bien longue. Un jour, nous y arriverons !

Au P’tit Café, nous avons aussi rencontré Richard. Celui-ci donne des cours d’esperanto, pour le grand ravissement de ton papa qui souhaitait depuis longtemps apprendre cette langue internationale. Nous avons également rencontré les membres de l’Echo du Velay, le SEL de la Haute Loire, autour d’un repas partagé. Nous y avons adhéré et déjà commencé à vivre de nombreux échanges. Un mois donc que nous sommes ici, mais déjà nous sommes partie prenante de la vie associative locale. Papa cherche du travail et trouve assez facilement des petits travaux temporaires auprès des agences d’intérim.

De ces derniers mois sur les routes de France, nous avons retiré une plus grande ouverture d’esprit et une facilité à aller à la rencontre des autres malgré notre timidité. Parler de notre voyage et de comment nous en sommes devenus à être ponots le temps de l’hiver est déjà un bon moyen de briser la glace.

Pour que ce jour compte…

Au cours du mois d’octobre, nous sommes allés à la rencontre de ton cousin guyanais Anthony, en cure en Auvergne. Courte retrouvaille et première rencontre avec ce cousin d’outre-Atlantique que tu ne connaissais qu’à travers Skype. Qu’il a bien grandi depuis que nous l’avions vu. Courte mais intense moment que nous avons partagé tous ensemble, en faisant que ce jour, même pluvieux, compte pour nous tous et que nous en gardions plein de souvenirs heureux.

Liam, Delphine et Anthony
Un air de famille…

Cela ne fut pas sans embûche car les dieux n’étaient pas avec nous ce jour-là. En plus de la pluie permanente et des températures bien fraîches de la Bourboule, quand nous avons entamé cette aventure en transport en commun, la ligne de TER que nous devions prendre a subi une panne. Six heures de route pour une centaine de km… Le voyage lent s’impose décidément à nos parcours, même quand on ne le recherche pas.

Nous sommes heureux et profitons de chaque jour comme d’un cadeau. Nous espérons qu’Anthony aura apprécié celui-ci et qu’il lui aura donné du baume au cœur pour supporter le reste de la cure.

Un petit pas pour l’Homme, un bond de géant pour l’Humanité

Quel cadeau en effet de te voir grandir chaque jour. Nous avions promis de ne pas empiéter sur ton jardin secret, de garder tes premiers pas pour nous par exemple. Aujourd’hui, tu fais partie du peuple bipède autant que quadrupède et nous nous étonnons de ne pas avoir ressenti plus de fierté et plus de joie lorsque tu as atteint ce stade de ton évolution. En réalité, c’est surtout parce que chacune de tes découvertes et le processus pour y parvenir comptent autant à nos yeux et nous rend infiniment fiers.

Être témoin de l’explosion de ton vocabulaire, de tes aptitudes sociales, de l’affinement de ta motricité… Au final, tout cela a autant de valeur à nos yeux que tes premiers pas. Chaque acquisition est un pas de géant ! Tu affines ta pensée, on dirait parfois que tu fais des phrases. Dans ton langage, c’est sûr, mais tel Champollion, nous commençons à en décoder quelques bribes. Il y a une certaine logique dans ta façon d’exprimer ce que tu perçois du monde.

Un an et demi seulement, et que de chemin déjà parcouru ! N’oublions pas te laisser grandir joyeusement. Entre les pas de géant que tu fais vers ton autonomie, n’oublie pas, cher enfant, d’ouvrir les yeux, les oreilles, et tous les sens. Respire, profite, accorde-toi le temps de l’innocence et de l’enfance ! Garde-toi bien de vouloir trop vite devenir à l’image des grands ! Ce serait plutôt à nous les adultes de prendre des leçons de tes enseignements pour en tirer ce qui compte réellement. Le temps passe si vite et il nous semble déjà demain le jour où tu choisiras, à raison, de voler de tes propres ailes ! En attendant qu’arrive ce moment, nous avons à cœur d’être à tes côtés et à te guider sur le chemin de la vie et des apprentissage qui t’amènera à devenir l’Homme qui sommeille en toi.

Jours de fête

Près de chez nous, une vogue s’est installée. L’une des plus grandes et des plus longues de France. Dans le Nord, on appelle ça une ducasse; dans le reste de la France, une fête foraine. Dans les allées aux couleurs chatoyantes, entre manèges et confiseries en tout-genre, nous allons parfois nous promener avec toi. Nous prenons le temps de regarder tourner l’immense grande roue qui étincelle de mille feux au soir. Si bien que nous pouvons même la voir de nos fenêtres. Le temps n’est pas encore venu où tu feras des manèges à sensation avec Papa, même s’il a hâte ! Mais les instants que nous partageons, dans toutes leur simplicité, sont autant de moments simples qui, nous l’espérons, nourriront tes souvenirs inconscients. Que restera-t-il de ces promenades aux parfums sucrés au pays de l’enfance, de ces éclats de rire qui s’envolent dans les airs ?

Dans le parc Henri Vinay, les feuilles d’automne tombent en neige sous l’effet de la brise. Spectacle tout en lenteur et en délicatesse que nous offre la nature lorsque l’on s’attarde à la regarder. Ce tapis d’ocre, de jaune et de doré, croustille sous nos pas. Les sens en éveil, nous allons tous les jours nous y promener.

Carpe Diem !

Une bonne étoile veille probablement sur nous. Nos pédales et nos pas nous ont mené sans trop d’encombre jusqu’ici. Nous voici dans la partie orientale du Massif Central déjà. Des centaines de rencontres, de visages, de moments improbables ont déjà peuplé ce beau voyage. Tant de bienveillance, d’accueil, de spontanéité, d’ouverture d’esprit nous ont nourri. Des paysages à couper le souffle se sont imprimés dans nos mémoires et donnent plus de sens à ce que nous savions de la géographie et de l’histoire de notre beau pays. La France n’est pas une mais une myriade de paysages et de peuples aux cultures différentes. Et cela sans même parler encore des français d’outre-mer dont fait partie ta maman.

Aurions-nous fait tant de belles rencontres, découvert tant de belles choses ces six derniers mois si nous n’avions pas osé sortir de notre zone de confort ? Probablement pas ! Si l’aventure se fait immobile le temps de la froide saison, elle n’en sera pas moins riche. Utilisons bien nos sens comme nous avons pu le faire jusque là, continuons à vivre chaque jour comme un trésor et soyons toujours aussi curieux !

Prends bien le temps, cher enfant, de savourer la vie qui s’offre à toi. A bientôt pour de nouvelles aventures !

PS : Demain, dimanche 12 novembre vers 11h40, il y aura sur France Bleu La Rochelle, l’émission de David Morel qui nous a une nouvelle fois donné la parole. N’hésitez pas à l’écouter soit en direct, soit en replay par la suite, nous la mettrons sur notre page Facebook dans les jours qui suivent. (fréquences ici)

3 Comments

  1. Coucou !
    Je trouve cet article enrichissant / intéressant / génial ; comme dirait un chanteur « comme d’habitude ».
    Que restera-t-il des souvenirs de Liam ? Et bien, il paraît que la vie des trois premières années est la base de la construction. Alors même si Liam n’aura certainement plus de souvenirs au sens où nous l’entendons, si ça lui permet d’avoir confiance en lui et en l’autre, si ça lui attise une curiosité, une bienveillance; ça sera votre Saint Graal ! Et puis même s’il n’a pas de souvenirs et si on ne parle pas de ce que ça lui apportera plus tard, tout ce que ça lui apporte à chaque moment en amour et bonheur est tellement beau que c’est suffisant !
    Je suis ravie d’avoir vu ces fresques qui m’ont rappelé de vieux souvenirs enfouis dans mon enfance à tel point que je ne m’en rappelle plus bien. Je me souviens d’une fresque de fenêtre sur un mur, je ne sais pas pourquoi mais je me dit que c’était peut-être à Douai, peut-être (j’en doute ^^) Auré s’en souvient il ?
    Pour la vogue, je suis contente d’avoir enrichi mon vocabulaire d’un mot local !
    À très vite sur la radio que je m’impatiente à écouter !

    • Coucou Christelle,
      Merci pour ce très beau commentaire. On verra bien ce que Liam retiendra ou pas, l’essentiel pour nous est qu’effectivement la bienveillance, l’amour et les bonheurs soient transmis et le construisent. Concernant la fresque à Douai ou ailleurs, je n’en ai absolument aucune idée, ma mémoire de poisson rouge étant ce qu’elle est. En tous cas, un mystère à élucider !
      Aurélien

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