Chapitre 15 : Winter is coming ! (L’Hiver arrive)

Les monts du Cantal

Chère petite feuille d’automne,

Tu attendais avec impatience que nous te contions la suite de notre aventure. Voici, cher enfant, ce qu’il s’est passé dans nos vies ces dernières semaines : du changement en perspective !

Nouvelle région, Auvergne-Rhône-Alpes : la montagne, ça vous gagne ?!

À Bort les Orgues, nous quittons la Corrèze pour le Cantal, en passant par la voie verte d’Ydes. Premiers aperçus sur les Monts du Cantal au loin et sur une France rurale et pastorale que nous ne quitterons pas les prochaines semaines.

Les monts du Cantal
Panorama

Ici, les vaches portent presque toutes des cloches autour du cou. Mélodie bucolique quand il n’y en a que quelques unes, cela se transforme rapidement en vacarme inouï lorsque c’est tout un troupeau qui passe à côté de nous. Nous plaignons les pauvres bêtes, qui doivent être à moitié assourdies à chacun de leur pas.

Les fameuses cloches des vaches Salers (celle-ci n’est pas une Salers mais elle a quand même le droit à la cloche !).
Le regard peut parfois en dire long.

À Ydes, petite pause devant la place de la Mairie, sur un parking désert. Nous garons correctement nos vélos sur une place et mangeons tranquillement. Deux policiers municipaux reviennent de leur pause méridienne et nous interpellent.

Nos vélos gêneraient ! Il faut les mettre sur la place du village et non sur le parking car nous occuperions une place dédiée aux voitures. Soit ! Nous ne cherchons pas les ennuis et nous exécutons. Une aubaine : à deux pas de là, il y a un espace informatique et Papa en profite pour y faire quelques démarches administratives, copies et impressions.

À plusieurs reprises, ces messieurs les policiers passeront jeter un œil à notre convoi exceptionnel. Nous sentons que nous dérangeons ! Belle entrée en matière dans le Cantal. Nous prenons congé du responsable du cyber-centre, qui était très aimable et serviable. Miranda alias Marraine, dans les hauteurs du village, sera notre salut. Premières rencontres avec le relief cantalien, qui épuisera nos corps et nos nerfs bien plus vite que ceux des précédents départements. Quelques bons petits plats nous aideront à garder le moral. Et quel paysage !

Les chemins cantaliens
Paysage à couper le souffle

To eat or not to eat… cheese and eggs ? Ou le dilemme du végan perdu en Cantal

Arrêt à Mauriac, point de ravitaillement pour nous car il y a très peu de commerces et de supérettes dans les petits villages que nous traverserons.

Même si par éthique nous faisons le choix d’être végan quand nous pouvons faire nos courses nous même, nous nous montrons flexible dans le Cantal (et aux confins de la Corrèze): nous mangeons au moins du fromage ou des œufs, parfois. Si nous refusions tous les plats proposés par nos hôtes qui en contiennent, ce ne sera pas juste compliqué mais quasiment impossible ici. Qui plus est, nos réserves de nourriture commencent à s’épuiser et les petits commerces que l’on pouvait trouvait ailleurs dans les petits villages se font ici plus rares, se limitant aux dépôts de pain et traditionnels bars-tabacs.

La cuisine est riche : elle est souvent constituée sur une base de fromage local, dont la fameuse tomme ou le Salers, ou à base de beurre ou encore les omelettes aux champignons. Nous n’avons donc pas fait l’impasse sur la truffade et l’aligot (en mode végétarien), et sur les bourriols (qui ressemblent beaucoup aux tourtous des corréziens).

Champignon : comestible, toxique ou mortel ?

Hormis notre moral et notre cholestérol qui en a certainement pris un coup (plus de fromage en deux semaines que sur toute une année), notre corps en a bien pâti. C’est un fait, au moins personnel : nous ne pouvons plus manger de fromages sans être systématiquement malade après.

Entre les troubles ORL enchaînés sur deux jours chrono – bonjour Mesdames Angine, Rhinopharyngite et Bronchite, vous ne nous aviez guère manqué ! – et la gastro qui succèdent systématiquement à la consommation de ces aliments, nous n’avons pas de doute sur la cause de tous ces maux. Te concernant, tu refuses même les yaourts et laitages non-humains qui te font vomir d’office. Au moins, tu sens par toi-même ce qui est bon pour toi.

Être sociable et survivre culinairement en Cantal nous jouera des tours. Les gens se lâchent plus facilement quand on leur annonce être végétariens, critiquant assez rapidement les végétaliens. Ça nous attriste un peu, alors nous évitons d’en ajouter une couche.

Nous sommes lassés des débats stériles qui ne mènent à rien et puis nous ne cherchons à convaincre personne, juste à mener notre barque en respectant au mieux possible notre éthique personnelle. Quand les gens s’intéressent réellement à notre démarche, nous répondons avec plaisir. Mais dès que cela tourne à la confrontation, l’argumentation et l’agressivité sous-entendue, nous préférons laisser tomber.

Nous ne consommons pas non plus d’alcool, de tabac ni de café. Sans même parler des effets sur la santé, cela ne nous réussit pas et nous rend purement et simplement malades. Oui, nous sommes peut-être trop sensibles, mais c’est comme ça, ce sont nos choix personnels.

Alors nous n’avons pas le goût de nous forcer à être sociables la-dessus. Nous ne cherchons pas à vivre en ascètes comme certains ont pu nous le sous-entendre, au contraire ! Nous évitons simplement des produits que nous savons mauvais pour nous, sans même chercher plus loin, pour pouvoir profiter de tout ce que la vie nous apporte d’autres.

Insisterait-on autant pour que quelqu’un d’allergique mange une cacahuète pour se plier à la norme ? Alors pourquoi cela pose-t-il souci quand on refuse un petit verre, un « kawa » ou une clopinette ?

Le fromage a quelque chose d’addictif à nos papilles qui nous rend plus malléable. Et manger, c’est le nerf de la guerre quand on a besoin d’énergie pour s’occuper d’un petit loulou en forme et pour pédaler à travers la France.

Alors voilà, la dissonance cognitive passe par là, nous savons ce que nous faisons à chaque bouchée de fromage avalée, mais voilà… Même si cela nous rend malade ensuite, nous faisons le choix de la convivialité au moins sur ce point là.

C’est incohérent, certes, c’est ainsi pour le moment et peut être que cela changera. Dans des zones plus habitées et mieux desservies en commerces ou producteurs locaux, nous ferons le nécessaire pour pouvoir manger ce qui nous convient mieux.

Et là où nous verrons que cela ne gêne pas, nous proposerons à nouveau de préparer le repas pour remercier nos hôtes d’un soir de leur accueil bienveillant en leur faisant découvrir une gastronomie un peu différente.

Ces deux semaines pauvres en légumes et en alimentation variée nous laissent sur un dilemme moral qui nous est propre.

Mauriac est aussi une ville traversée par la méridienne verte. Il s’agit d’une ligne imaginaire parallèle aux autres méridiens et passant par Paris. Elle fut créée pour fêter l’an 2000 et est constituée de plantations d’arbres sur le tracé de cette méridienne. On peut retrouver ici la liste des communes traversées. Malheureusement, le parc où se situe cette méridienne verte est en assez piteux état compte tenu de l’incivilité de certains qui ont jeté des déchets un peu partout.

Sourire aux inconnus

C’est par hasard, à Mauriac, que nous découvrons une petite boutique bio, en nous rendant à la piscine pour un peu de détente. Nous y ferons la connaissance de Sylvie, la gérante des lieux, bien sympathique. Nous repasserons la voir après la baignade. Dans le petit bassin, tu t’amuses comme un fou. Les maîtres-nageurs ont laissé à disposition plein de jouets flottants pour les petits et c’est un régal pour nous trois. Une dame qui était aussi à la piscine croisera notre chemin quand nous retournons à la boutique bio.

Elle disait à Sylvie à quel point elle te trouvait sage, heureux, très éveillé et épanoui et que l’on voyait que tes parents prenaient le temps de s’occuper beaucoup de toi et de ton bien-être. Si nous préférons dire de toi que tu es calme plutôt que sage, ses remarques nous vont droit au cœur.

Ce qui nous importe, ce n’est pas le regard que portent les autres sur nous. D’ailleurs en général, les gens «normaux» ont plutôt tendance à nous trouver trop à ton écoute, proches de toi et nous reprochent à mots couverts notre démarche d’éducation bienveillante.

Ils ne comprennent pas la différence entre le laxisme, le laisser-faire (et laisser tout faire) et le parti pris qu’est le nôtre (et celui de nombreux parents) :

  • de t’accompagner au mieux dans tes découvertes en acceptant tes expériences et tes erreurs (et non pas tes bêtises);

  • en t’aidant à faire face à tes colères et tes émotions parfois vives (qui ne sont pas des caprices, mots qu’on utilise trop souvent à tort en donnant à l’enfant des velléités de contrôle et de jeux de pouvoir qu’il n’est tout simplement pas capable d’avoir), tout cela sans crier et en essayant de garder notre patience.

Présence, patience, répétition, explication, verbalisation, petites attentions de tous les jours qui te feront avancer sur le chemin de l’autonomie et de la découverte du monde, de ton monde.

Alors oui, cette dame inconnue, avec ses quelques mots, nous a donné le sourire. Pas en nous rendant fiers de l’éducation que nous te donnons, mais simplement en remarquant à quel point tu étais heureux de vivre et en l’accueillant avec simplicité. Il faut dire que nous sommes terriblement timides (mais on se soigne, le voyage est une belle thérapie, non ?) et d’habitude nous ne savons pas comment accueillir les compliments. Mais là, cette simple remarque nous a touché puisqu’elle n’était pas destinée à flatter notre égo mais figurait simplement un échange entre deux personnes dont tu étais le sujet de conversation.

Le clan des cantaliens

Certes, nous pourrions aussi parler des personnes qui chuchotent à voix basse sur notre passage, qui se cachent derrière leur portes et nous épient ou font mine de nous ignorer.

Nous en avions très peu croisé au cours de ces cinq moins d’aventures. Les gens étant en général plus surpris et curieux que négatifs, distants et méfiants. Notre avancée en Cantal, nous ne l’imaginions pas comme ça.

Finalement, ce ne sont pas tant les ascensions de col les plus difficiles, mais réellement cette dureté de caractère que l’on retrouve ici. Quand nous sommes accueillis, il reste difficile d’échanger et de discuter avec les gens du coin. Toujours cette triste impression d’être de trop. Pour avoir abordé le sujet avec d’autres personnes, souvent cantaliens d’adoption et non d’origine, nous avons confirmation que cela ne s’applique pas qu’à nous.

Les montées sont dures, mais lorsque le climat est beau et que les paysages sont à couper le souffle, on franchit les cols en remplissant nos cœurs.

La peur de l’étranger, de l’inhabituel, c’est quelque chose d’ancré dans les mentalités ici ! Les gens sont à l’image des saisons, froids et durs. Des « expats » de longue date nous expliqueront qu’après vingt ans, ils n’ont toujours pas tout à fait leur place dans la communauté des Cantalous…

D’autres nous diront qu’il faut savoir montrer patte blanche pour se faire adopter mais c’est un processus de longue haleine. Nous refusions de croire les préjugés entendus ça-et-là avant de venir ici…

Mais nous devons admettre la réalité. Peut-être que ces gens sont très intéressants et d’une richesse intérieure incroyable, plus ouverts qu’ils ne veulent bien le montrer… Mais nous ne le saurons jamais.

Un octogénaire bienveillant nous a dit à Anglards de Salers, après avoir lu notre panneau : « Mais ici c’est le DESERRRRRRRT… le désert psychologiQUE… le désert cultuREL ! Vous ne trouverez jamais personne pour vous accueillir ! ». Tout cela avec un ton nous rappelant celui de Galabru qui assénait un « C’est le NOOOOOOOORD » sentencieux dans Bienvenue chez les Chtis.

Afin de ne pas rester sur une note négative, nous parlerons donc ici non pas des refus ou des accueils en demi-teinte où nous n’avons pas pu échanger avec nos hôtes, mais des belles rencontres que nous avons pu faire au cours de notre séjour ici. Nous remercions d’ailleurs les adhérents de la liste de diffusion alternative Un autre Cantal qui nous ont permis de faire de chouettes rencontres et sommes bien désolés de ne pas avoir pu en rencontrer certains, vaincus d’avance par les cols dantesques qu’il fallait franchir pour les retrouver. Notre chargement et notre forme physique ne nous l’auraient malheureusement pas permis.

Pérégrinations des Cookies en Cantal : de belles rencontres !

Dans notre cœur, nous garderons une place pour le beau projet de trois jeunes éducateurs. Romain, Damien et Elodie (et d’autres) se sont installés à Fontanges, au Puy Basset, dans un ancien gîte qui appartenait à l’association Méandres. Cette dernière proposait déjà en son temps un lieu de vie et d’accueil pour jeunes déficients ou en difficulté.

Le gîte de l’association La Feina

Riche de cet héritage associatif d’une trentaine d’années, ces lieux chargés d’histoire accueilleront, bientôt on l’espère, les futurs pensionnaires de l’association La FEINA. Dans ce cadre retiré de tout, au cœur de la montagne, nos trois « éduc-acteurs » accompagneront des jeunes aux histoires de vie brisées ou chaotiques pour les aider à se reconstruire, à leur rythme et à l’écoute des besoins de chacun mais aussi de la vie en communauté.

Le gros du travail actuellement est principalement de remettre en état les lieux en vue de demander l’agrément pour recevoir ces jeunes. Nous leur souhaitons bien du courage et avons beaucoup de respect pour leur démarche et leur projet. Papa, qui a une expérience dans ce type de structure, sait à quel point ce n’est pas un métier facile. Et là, le cadre particulier de la vie communautaire en montagne et en toute saison, c’est vraiment une facette incroyable de ce projet mais certainement aussi une de ses grandes forces qui amènera les jeunes à travailler sur eux-même et à se reconstruire.

Nous passerons ensuire par la fameuse ville de Salers, connue pour sa race de vache, la Salers qui donne le lait servant à la fabrication du fromage éponyme ainsi que la boisson Salers, une boisson alcoolisée à la gentiane, une plante assez étonnante dont il faut attendre une dizaine d’années pour en voir la fleur et d’autres dizaines d’années pour récolter sa racine lorsqu’elle est assez volumineuse pour être exploitable. On la récolte avec un outil qu’on appelle la fourche du diable (la photo est sans équivoque !). Nous avons appris que cette plante nécessite une autorisation pour être récoltée et qu’il n’y en a plus que de rares pieds sauvages dans le coin, la source de gentiane venant de plus loin (en tous cas, nous n’aurons pas croisé de champ de gentianes au grand désarroi de ton papa). La saveur de la gentiane se rapproche de la réglisse avec toutefois une amertume très prononcée. Elle peut faire une boisson (pas forcément alcoolisée) désaltérante et apéritive. Nous aurons le plaisir de déguster directement quelques morceaux de racine ! L’amertume, petite feuille automnale, ne te repoussera pas de goûter cette nouvelle saveur à maintes reprises.

À Salers également, nous rencontrerons Pamela Jacobs, qui s’est lancée avec son époux dans la réalisation de vêtements en coton bio depuis une vingtaine d’années et tient une petite boutique. Ces vêtements sont chers mais la qualité est au rendez-vous. À l’heure où l’on parle beaucoup d’obsolescence programmée, elle nous confie que certaines de ces créations ont déjà été portées par trois générations et transmises de mère en fille. Sa réussite, pour elle, n’est donc pas de vendre, mais de proposer un bon produit. Elle travaille avec une fileuse à l’ancienne, que nous ne pourrons malheureusement pas visiter lors de notre passage à Fontanges.

Là-bas, nous ne ferons pas l’impasse sur la fameuse chapelle troglodyte bâtie il y a une centaine d’années.

Pause à Saint Projet de Salers, après avoir franchi notre second col. Éliane, croisée à l’entrée du village, nous laissera les clés de sa maison à vendre, nous regrettons de ne pas pouvoir la connaître un peu plus.

Saint Projet de Salers

Chronique d’une violence ordinaire

Au pied du château
Le château de Tournemire
Vitrail de l’église

Le lendemain, nous irons jusqu’à Tournemire, dont nous ne visiterons pas le château mais dont nous nous approcherons. Il y a trop peu de visites commentées, nous refusons de te laisser attendre plus de vingt minutes pour notre plaisir et nous prenons le temps de t’expliquer pourquoi nous nous en allons. C’est alors que nous serons témoins d’une scène de violence éducative ordinaire. D’autres parents arrivent juste derrière nous avec un jeune garçon. Les parents, comme nous, décident de ne pas attendre. Le petit est déçu et triste, il traîne les pieds. Ses parents l’injurient, le menacent d’une fessée, lui reprochent de ne faire que des caprices, le traînent de force avec une violence disproportionnée… Des M. et Mme Tout-le-monde, touristes ordinaires, parents ordinaires faisant preuve d’une violence… ordinaire.

Avec des mots compréhensibles, ce petit garçon aurait peut être pu réagir différemment. Ou simplement ces adultes auraient-ils pu accueillir sa tristesse en l’entendant, sans s’en moquer et sans le traiter comme le pire des moins que rien. Nous étions mal à l’aise et c’est toujours difficile de réagir face à des gens que l’on ne connaît pas, de peur de s’en prendre une nous aussi, ou de peur d’empirer la situation pour le petit. À notre mesure, et parce que c’est important pour nous, comme pour toi, nous avons pris le temps de t’expliquer ce qu’il venait de se passer sous tes yeux.

Très empathique, sensible, et réactif aux émotions des autres, il n’est pas rare que tu répondes par des éclats de joie ou des pleurs impromptus quand d’autres personnes font montre d’émotions fortes près de toi.

Expliquer la situation nous a donc paru la chose la plus saine à faire. Et comme ces parents nous entendaient très probablement, nous espérons qu’ils auront au moins compris notre point de vue. Nous ne cherchons pas à te cacher la violence de ce monde, mais nous espérons pouvoir te montrer qu’une autre voie est possible. Ce n’est peut être rien… mais c’est aussi presque tout.

Nous ne sommes pas des parents parfaits, nous doutons qu’il en existe, mais comme tant d’autres, nous essayons de faire au mieux. Nous supposons que même ceux qui sont violents sans s’en rendre compte ont à cœur le bonheur de leur enfant, en tout cas c’est parfois le cas.

Le souci, c’est que depuis des générations, on ne leur a montré que cette possibilité-là. Éduquer par le cadre, la discipline stricte, la « violence ordinaire » telle que gifles et fessées, surnoms désobligeants et remarques accablantes et autres punitions, qui n’auraient « jamais tué personne » mais forgé le caractère.

Nous faisons peut-être partie d’une race rare de Bisounours qui tente l’expérience d’un autre modèle éducatif. Celui d’un accompagnement vers ce que tu deviendras en tant qu’Homme, en te laissant faire les erreurs et les choix nécessaires à ton apprentissage de l’autonomie, en t’offrant une présence rassurante, en étant patients, disponibles et à l’écoute… dans la limite de nos possibilités (la bienveillance commence par soi-même dit-on parfois). Mais nous nous égarons… Cette étape en Cantal, quasi-solitaire, est aussi un temps ouvert à l’introspection.

S’inviter au salon du Livre

De Tournemire, nous irons ensuite à Marmanhac , où se déroule un salon du livre dédié aux voyages. Quelle coïncidence ! Nous y rencontrerons quelques auteurs et voyageurs, dont Bruno Sananès, qui a voyagé avec son âne César à travers la France il y a quelques années. Depuis, il est reparti avec un petit bateau qui l’a conduit sur les canaux de France, de Dunkerque à Bordeaux.

Les trois Cookies rencontrent Bruno Sananès (tu étais à la sortie d’une sieste)
Le château de Sedaiges

Les organisateurs du salon, à la fermeture des portes le premier soir, nous convient à venir prendre l’apéritif avec les auteurs… dans le Château de Sedaiges. Nous pensions aller le visiter le lendemain en simples touristes. Quel privilège et quel honneur de pouvoir pénétrer en ses lieux en tant qu’invités. Papa prendra même le temps d’échanger quelques mots avec M. le Comte, propriétaire des lieux, et découvrira pourquoi c’est aux abords de ce château, dans une dépendance, qu’à lieu depuis deux ans cet événement culturel. L’association organisatrice cherchait un lieu pour organiser ce salon et ce lieu devait être la salle des fêtes du village. Cependant, suite à la démission soudaine du maire de l’époque, il a fallu trouver un nouveau lieu, et les organisateurs ont pensé au château à côté duquel figurait une vieille grange. Contre la rénovation de la grange par la commune, l’organisation du salon pouvait se faire ensuite en ces lieux. Un cadre sublime pour un salon où de nombreux auteurs nous donnent envie de lire leurs ouvrages tout aussi variés les unes que les autres.

Mise en perspective

Ce sont Stéphane, Maud et leurs enfants qui nous accueillent au cours de cette étape. Il y a quelques années, ils ont fait un beau voyage en famille de deux mois à pied avec les enfants. Nous sommes heureux de pouvoir partager leur belle expérience. Nous discutons avec eux de notre tristesse de ne pas avoir pu réellement rencontrer les Cantaliens.

Ils nous confirment ce que nous pressentions déjà, que les gens ne sont pas bien méchants mais ont l’habitude de vivre en quasi-autarcie dans leur magnifique petit coin de France. Difficile dès lors de ne pas être méfiant dès que quelque chose sort de l’ordinaire, surtout en cette époque troublée ou des malheureux tuent leurs semblables au nom d’un dieu ou pour une raison inconnue. Ici aussi, les médias de masse font leur effet, sur un terrain déjà conquis. Peut-être aussi que les Cantaliens ont conscience de la beauté et de la richesse de leur patrimoine écologique, naturel et historique et qu’ils ont à cœur de le préserver intacts, sans se sentir trop envahis. En tout cas, c’est une méthode efficace ! Soyons optimistes et mettons-nous à leur place pour essayer de les comprendre sans trop les juger, continuons à être patients et chercher le dialogue, la rencontre, tout en restant philosophes lorsque cela n’aboutit pas. C’est peut-être comme ça que l’on pourra faire évoluer les mentalités.

Quand on arrive en ville…

Nous nous arrêtons à Aurillac où nous prenons le temps de découvrir la ville. Quel choc, ce retour à la « civilisation » et aux centres commerciaux partout après ces semaines au cœur des montagnes du Cantal. À côté, La Rochelle nous paraît moins fournie en échoppes de vêtements, décoration, meubles, accessoires de luxe en tout genre. Les magasins et le modernisme dépareillent avec la ruralité à laquelle nous avons été confrontés jusque-là. Nous en sommes étourdis. Malheureux hasard du calendrier, nous ne pourrons pas rencontrer les bénévoles de la Loupiote, café associatif local dont nous ont parlé les trois éducateurs de La Feina. Il en ira de même pour Vélo-Cité 15, qui était fermé lors de notre passage. Cette étape sera donc celle du repos et du tourisme. Nous prenons le temps de flâner dans les rues, sans itinéraire précis. Nous découvrons de beaux monuments, dont l’Abbaye St Géraud, majestueuse en son sein, où nous serons heureux d’entendre jouer l’organiste.

Un message de l’informaticien à qui nous avions confié notre disque dur cascadeur à Meymac nous apprendra qu’il est irréparable. C’est ainsi. À nous de créer et d’enregistrer dans nos mémoires vivantes de nouveaux souvenirs colorés et plein de joie.

Simple comme bonjour

Le même jour, alors que nous déambulions dans Aurillac, en quête d’un lieu ou passer l’anniversaire de Maman, nous faisons une drôle de rencontre.

Nous marchons sur le trottoir et nous apercevons qu’un cycliste est derrière nous. Nous nous arrêtons naturellement pour le laisser passer, car nous ne marchons pas très vite, et le saluons. Intrigué par ta remorque, il nous pose quelques questions et nous lui racontons un peu notre belle aventure à vélo sur les routes de France.

Et là, à notre grande surprise, il nous invite à manger le lendemain. Jean-Jacques étant chef-cuisinier, c’est dans son restaurant, Aux Quatre Saisons, que nous serons conviés à déjeuner. Nous passons la journée à profiter du beau-temps et à découvrir le cœur historique d’Aurillac, heureux de cette rencontre fortuite, simple « comme un bonjour » et de la générosité de cet inconnu.

Quatre saisons, ça nous évoque facilement un restaurant italien ou une pizzeria. Le geste est fort sympathique. Quel ne fut pas notre surprise en découvrant le lendemain qu’il s’agissait d’un restaurant gastronomique ! Nous dénotions un peu avec nos tenues de cyclistes, mais qu’importe ! Nous y avons passé un très bon moment et nous sommes régalés des différents mets qui nous ont été proposés. Un grand merci encore à Jean-Jacques, que nous aurions aimé remercier de vive voix à l’issue du repas. Et merci aussi aux deux jeunes serveurs/maître d’hôtels qui se sont occupés de nous aux petits oignons.

Au restaurant, nous profitons !
Tu vas te régaler avec Maman

The end ? Decision and consequence

Voilà le récit des derniers jours de voyages ininterrompus Nous avons pris la décision, après Aurillac, de nous rendre jusqu’au Puy en Velay et d’y passer l’hiver. Nous ne souhaitons pas prendre de risque avec ta santé ni avec la nôtre et le temps commence à se gâter dans le Massif Central. Un jour c’est la canicule, le lendemain ce sont des torrents qui s’abattent sur nos têtes et le vent qui va bien avec. Difficile de préparer nos étapes en montagne quand Mme Météo se montre aussi imprévisible. Avec la pluie ininterrompue certaines journées, ta remorque semble prendre l’eau par le dessous alors qu’elle était jusque-là bien imperméable. Il va falloir nous pencher sur cette réparation.

Après Aurillac, le Puy Griou

Les dernières étapes dans le Cantal ont, il est vrai, un peu entamé notre moral et notre belle progression. Nous ne souhaitons pas griller toutes nos forces pour le principe d’enchaîner les kilomètres sur une carte. Nous regrettons de ne pas aller dans l’immédiat jusqu’à Grenoble à vélo chez Candide, mais nous irons probablement plus tard et d’une autre manière. L’aventure reprendra de plus belle aux beaux jours !

Dès le départ, nous avons prévenu tout le monde qu’il y aurait des moments où nous nous poserions pour travailler, cagnotter pour la suite du voyage, éviter le froid/la canicule, pour mieux repartir ensuite. Le moment est donc venu. Ce n’est donc pas une surprise ! Nous aurions bien aimé continuer, mais il faut savoir, telle la Tortue, ménager, son allure pour aller loin et aller « bien ».

Cette étape plus longue que les autres en fera donc partie, voyage dans le voyage, qui nous permettra de mieux découvrir une ville et pourquoi pas l’ensemble du département de la Haute-Loire.

Ou le début d’un nouveau chapitre ?

Ce n’est pas parce que nous allons nous « reposer » que nous n’allons plus bouger, ni rencontrer des associations et des beaux projets avant de repartir sur les chemins.

La ville du Puy en Velay étant le départ de la Via Podiensis de Saint Jacques de Compostelle, c’est aussi un choix symbolique que de s’y arrêter pour repartir en meilleur forme et l’esprit ouvert à d’autres nouvelles belles rencontres.

Peut-être arriverons-nous enfin à monter les vidéos en souffrance et les nombreux articles prévus depuis les calendes grecques. Même si nous avons perdu pas mal de photos, vidéos et données lors du suicide de notre disque dur, nous avons sur notre ordinateur une grande partie des belles rencontres faites sur la route, en particulier celles avec les actrices et acteurs d’initiatives locales.

Soyons comme l’escargot : faisons les choses lentement mais sûrement !

Petite feuille d’automne, nous profiterons de cette pause également pour mieux te voir grandir encore et toujours t’accompagner dans le chemin de la vie. Notre chemin ne s’arrête pas là, disons que nous hibernons pour mieux passer cette belle et froide saison, et repenser notre voyage (qui sera toutefois toujours sur le même principe et dans les grandes lignes). Prochainement, nous essayerons aussi de faire un bilan de ces mois de voyages. Reste bien attentif 😉

À bientôt pour de nouvelles aventures !

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